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Baudelot et Establet mettent à mal l'élitisme à la française
Le système éducatif français possède le record des inégalités sociales. Les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet en ont fait le leitmotiv de leur dernier ouvrage, L'élitisme républicain. L'école française à l'épreuve des comparaisons internationales (1). Si la thèse n'est pas nouvelle, les deux chercheurs ont su étayer leurs arguments par une étude poussée des résultats de l'enquête PISA (2). Les conclusions qu'ils en tirent sont alarmantes. Roger Establet nous en a fait part.
Quels reproches peut-on faire à l'école française à la lumière de l'enquête PISA menée par l'OCDE ?
La France possède le record des inégalités sociales. C'est dans notre pays que l'écart de points entre les élèves dont le statut économique, social et culturel des parents est élevé et ceux dont le statut économique, social et culturel est faible reste le plus important. En culture scientifique, il est de 122 en France (3). En compréhension de l'écrit et en mathématiques, nous sommes avant-derniers, ce qui n'est pas plus glorieux. Cela montre que certains pays parviennent à limiter les inégalités, mais que ce n'est pas le cas de la France. On voit aussi que les systèmes qui atténuent les inégalités possèdent une efficacité globale plus forte.
Autre caractéristique selon vous : la France produit beaucoup d'élèves d'un niveau scolaire très faible.
En effet, la part des élèves de 15 ans au niveau le plus bas est passée de 15,2% en 2000 à 21,8% en 2004. Mais, contrairement à ce qu'on entend souvent, la massification ne contribue pas à l'affaiblissement général du niveau. L'enquête internationale montre clairement que moins un pays a d'élèves en échec, plus son élite est brillante. En aidant les plus démunis, on aide aussi l'élite. Et dans ce domaine, il n'est pas bon de faire redoubler les élèves (4). L'enquête l'illustre avec beaucoup de clarté. Or, c'est dans notre pays que la pratique du redoublement est la plus répandue. A l'inverse, les pays qui obtiennent les meilleurs scores ne font jamais redoubler leurs élèves (5). Il n'est pas bon non plus de sélectionner de façon précoce les élèves.
La création du collège unique en Pologne a permis de faire grimper significativement leur niveau. En France aussi nous avons un collège unique, mais il n'est qu'un leurre, car, en réalité, il existe des classes de niveau et des collèges de niveaux très différents selon les quartiers.
En 1989, vous écriviez « Le niveau monte ». Or, l'enquête PISA montre que le niveau scolaire des Français a baissé entre 2000 et 2006. Vous seriez-vous trompé ?
Sur le long terme, le niveau a clairement monté. En revanche, depuis dix ans, le niveau scolaire des élèves a baissé. Entre 2000 et 2006, les Français ont perdu 17 points en compréhension de l'écrit et 15 points en mathématiques. Mais ce n'est pas une fatalité. Ainsi, pendant la même période, la Pologne a gagné 28 points en compréhension de l'écrit et 5 points en mathématiques.
Dans quelle mesure les différences de moyens expliquent-elles les écarts de résultats ?
Les moyens financiers sont très importants. En effet, on voit bien que les pays riches sont aussi les plus performants. Les pays les plus pauvres comme la Turquie et le Mexique sont clairement ceux où les performances sont les plus faibles. L'énorme investissement que le pays a fourni a porté ses fruits. Néanmoins, l'argent n'explique pas tout car, à richesse égale, les performances peuvent être très différentes. Les méthodes d'enseignement ont un énorme impact. Ainsi, au Canada qui obtient d'excellents résultats, les élèves passent leurs heures de cours non pas à écouter, mais à faire des exercices. C'est le fameux « learning by doing » prôné par l'Américain John Dewey.
(1) Paru le 12 mars 2009 aux éditions du Seuil, 10,50 euros.
(2) Programme for International Student Assessment (Programme international pour le suivi des acquis des élèves).
(3) Alors qu'il n'est que de 63 en Finlande, 68 au Canada et 87 en Espagne.
(4) En 2003, 40% des Français de 15 ans étaient « en retard ».
(5) Finlande, Islande, Norvège, Japon, Corée du Sud.
Source : La lettre de l'Etudiant n° 941
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