     
|
 |
Les sensations fortes de la formation en ligne
Nous n'apprenons pas comme de purs esprits désincarnés, mais bien comme des corps à l'épaisseur physique avérée, dont les capteurs (nos cinq sens) ont la lourde responsabilité de gérer les signaux extérieurs qui pourraient entraver nos apprentissages.
Qu'est-ce qu'un environnement propice à l'étude ?
Traditionnellement, on l'imagine silencieux, plutôt statique (pas d'agitation de la part des apprenants), baigné d'une lumière égale en tous points de la salle. Encore un effort, et nous verrons aussi des blouses noires, nous sentirons l'odeur de la craie et des bûches qui attendent de remplir le poêle, nous entendrons la voix de stentor du maître qui se livre au rituel hebdomadaire de la dictée.
Cette vision de l'ambiance studieuse relève du folklore et de l'imaginaire plus que d'une réalité, fût-elle ancienne. On apprend fort bien dans le bruit, dans le mouvement, au travers de multiples tâches menées en parallèle - et sans maître. Encore faut-il agencer et tirer profit de ces multiples sensations, leur donner du sens en les reliant dans un parcours tendu vers un objectif à atteindre. D'ailleurs, les pédagogies actives dont l'efficacité n'est plus à démontrer nous ont appris à stimuler l'attention et les capacités de mémorisation des apprenants en provoquant l'action, physique et mentale, chez ces derniers, et en tirant tout le parti possible de leurs environnements.
Nos sens sont-ils autant mis à contribution dans la formation à distance que dans la formation en présence ?
Certainement. La vue s'avère capitale : la formation à distance, c'est d'abord l'espace de l'écran (de la page, du tableau interactif...), sur lequel viennent se déposer les multiples signes que nous auront à déchiffrer.
L'ouïe est elle aussi fortement sollicitée car, dans le terreau du web, les fichiers audio poussent comme les jonquilles au printemps dans mon jardin.
Et que dire du toucher ? Nous passons notre temps à frapper notre clavier, toucher notre écran, saisir les pages imprimées que nous nous avérons encore incapables de lire à l'écran... Le goût et l'odorat sont moins mobilisés, mais faisons-leur confiance pour nous rappeler l'heure du repas en nous transmettant les odeurs de la cuisine, ou pour nous communiquer la sensation bienfaisante du café, bu au moment d'allumer l'écran.
Quelle réponse, alors, l'enseignement et la formation proposent-ils à tous ceux qui ne peuvent disposer de leurs sens comme ils le souhaiteraient ?
Aux personnes handicapées, qui ne peuvent voir, ou entendre, ou manipuler le clavier et la souris avec la dextérité voulue ?
En classe comme en ligne, les personnes handicapées nous rappellent qu'apprendre est aussi, surtout, une affaire physique. Fort heureusement, l'inventivité technologique permet de proposer diverses applications toujours plus proches des besoins. Comme à l'accoutumer, les avancées réalisées pour une petite portion de la société aux besoins particuliers, finiront par profiter à tous. Raison de plus pour continuer à exiger des alternatives aux approches sensorielles habituelles des produits numériques de formation.
Enfin, n'oublions pas qu'une fois les sensations externes parvenues jusqu'à nous, une fois réalisées les opérations qui mobilisent nos sens, il faudra traiter, interpréter, transformer, conserver tout ce à quoi nous aurons accédé. Nous devrons alors utiliser de nombreuses capacités cognitives qui, loin d'agir indépendamment de notre corps, provoqueront encore chez nous soupirs, yeux levés au ciel, cris de rage, froissements de feuilles... jusqu'à nous faire apprécier le goût prononcé de la victoire, la bienheureuse lassitude du travail accompli.
Bonnes découvertes,
Christine Vaufrey, Rédactrice en chef
Source : Thot Curus
|
 |
 
|